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Rythmocatéchiste
Au sein de la Compagnie de Jésus, ces défenseurs militants de l’orthodoxie catholique romaine, un jésuite français nommé Marcel Jousse a longtemps été un « enfant terrible ». Ancien capitaine d’artillerie qui a commencé à étudier dans cet ordre religieux après la Première Guerre mondiale, le père Jousse, âgé de cinquante ans, avec des cheveux blancs, a inventé et enseigne aujourd’hui ce qu’il appelle le Rhythmocatéchisme, ou prêcher avec des gestes.
Sa théorie a commencé à prendre forme quand il a remarqué une distinction entre le mimétisme des humains et celui des singes : les enfants peuvent imiter des actions telles que le rasage et le tir sans utiliser de rasoirs ou d’armes à feu ; mais les singes ne le peuvent pas, ou ne le font pas. Le père Jousse est convaincu que mimer et faire des gestes a existé avant d’écrire ; les hiéroglyphes, croyait-il, n’étaient pas des idéogrammes, mais des mimogrammes, des représentations de gestes significatifs.
De ses recherches, le Père Jousse a conclu qu’il était possible de reconstruire non seulement ce que Jésus disait, mais aussi comment il le disait, à partir de textes en araméen – langue que beaucoup croient que Jésus parlait, et que le Père Jousse considère admirablement apte à exprimer des gestes éloquents. Pour d’autres jésuites, ses théories sentaient l’hérésie. Mais le père Jousse se défendit lui-même d’être hors de cause, et convainquit même feu le pape Pie XI, dans une interview personnelle dont les paroles et les gestes ne furent pas rapportés, qu’il était foncièrement orthodoxe.
Malgré la guerre, à Paris, la semaine dernière, le père Jousse se préparait à reprendre à la Sorbonne son cours de rythmocatéchisme. Son titre : Les Rhythmes Formulaires de l’Apocalypse d’Ezdras et le Style Oral Palestinien. La première disciple du père Jousse, sa fidèle amie et collaboratrice, est une minuscule vieille fille aux cheveux blancs, du nom de Mlle Gabrielle Desgrées du Lou. Cette dame, qui doit s’inscrire en tant qu’étudiante pour entrer à la Sorbonne, fait pour le père Jousse les gestes à la tribune, en chantant, par exemple, la parabole de Jésus des maisons construites sur le sable et sur le roc. Mlle Desgrées du Lou tourne les yeux, agite les bras, se tord et se balance comme une danseuse de ballet. Quand le père Jousse donne des conférences, 200 personnes regardent, les yeux grands ouverts : des médecins, des spiritualistes, des philologues, des étudiants de ballet, des poètes (parmi eux Paul Valéry) — et deux théologiens jésuites, en oiseaux de proie guettant les hérésies.[:en]
To the Society of Jesus, militant defenders of Roman Catholic orthodoxy, a French Jesuit named Marcel Jousse has long been its enfant terrible. A onetime artillery captain who began studying for the order after World War I, white-haired, fiftyish Père Jousse invented and today teaches something he calls Rhyth-mocatechism, or preaching with gestures.
His theory began to evolve when he noticed a distinction between anthropoid and apish mimicry: children can imitate such actions as shaving and shooting without using razors or guns; but apes cannot, or do not. Père Jousse decided that miming and gesturing came before writing; hieroglyphics, he believed, were not ideograms, but mimograms, representations of significant gestures.
From his researches Père Jousse concluded that it was possible to reconstruct not only what Jesus said, but how He said it, from texts in Aramaic—the language which many believe that Jesus spoke, and which Père Jousse believes is admirably fitted for eloquent gesturing. To other Jesuits, his theories smelled of heresy. But Père Jousse argued himself out of trouble, even convinced the late Pope Pius XI, in a personal interview whose words and gestures were not reported, that he was fundamentally orthodox.
War notwithstanding, in Paris last week Père Jousse made ready to resume at the Sorbonne his course in rhythmocatechism. Its title: Les Rhytlimes Formulaires de I’Apocalypse d’Ezdras et le Style Oral Palestinien. Père Jousse’s first enrolée was his good friend and collaborator, a tiny, wrinkled, white-haired spinster, by name Ms Gabrielle Desgrées du Lou. This lady, who must enroll as a student in order to get in the Sorbonne, does Père Jousse’s gestures for him on the platform. While chanting, for example, Jesus’ parable of the houses built on sand and on rock, Ms Desgrées du Lou rolls her eyes, waves her arms, twists and sways like a ballet dancer. When Père Jousse lectures, 200 people watch goggle-eyed: doctors, spiritualists, philologists, ballet students, poets (among them Paul Valery)—and two Jesuit theologians, hawklike for heresies.
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